Beurre

Je sais, j'ai un métro de retard. Les expériences sur les beurres corporels étaient à la mode l'été dernier (ici, , et encore par exemple). Mais je continue mes expériences avec le sucrose stéarate et j'ai décidé de pousser les limites de cet émulsifiant dont on dit qu'il produit des émulsions plutôt fluides en réalisant un beurre corporel.

Je voulais également qu'il n'y ai que des sucro- et glycéro-esters dans ce beurre. Pourtant, il semblerait que les beurres corporels réclament d'utiliser un émulsifiant PEG quand on ne veut pas trop de lourdeur. Je ne suis pas particulièrement réfractaire aux PEG, ni particulièrement engagé en matière de cosmétiques naturels, mais c'était un défi pour moi de trouver une formule facile à reproduire, avec des émulsifiants communs sans pour autant avoir une chose grasse et lourdingue.

J'aimerais Je veux une texture qui soit très fine et "nuageuse" au toucher même si elle est ferme et dense. Et en aucun cas mousseuse.
Je ne sais pas si je suis clair : imaginez une texture fine et évanescente, qui fonde sur la peau en la laissant non grasse. Ça se doit de n'être pas (ou peu) filmogène, dense, ferme, mais vraiment pas lourdingue.

Et il me faut aussi éviter les traces blanches à l'application. Je veux du glissant ! Je n'aime pas passer des heures à me tartiner et masser pour que ça pénètre !
Et bien entendu, il faut que ça reste léger malgré la proportion de gras.

La tâche n'est pas aisée puisque je n'ai pas l'habitude de telles proportions de gras ni de telles textures. Je vous mets tout de suite la formule, avant de m'expliquer sur mes choix.


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- Procédé à l'émulsion à chaud comme d'habitude (je pense qu'on peu introduire l'huile de pépins de raisin et l'huile d'inca inchi lorsque c'est tiède, ou pour refroidir la préparation).

- Attention, n'introduisez l'acide lactique que lorsque l'émulsion est bien froid sous peine d'instabilité (notamment avec le sucrose stéarate.

- La crème épaissit encore pendant plusieurs jours et la texture final n'arrive qu'à ce moment-là, alors pas de conclusions hâtives.

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J'ai donc bétonné en huiles très fines et glissantes (coco fractionné et squalane, qui apporte également des phytostérols), et en épaississants en croisant les différents acides gras saturés, et en évitant le plus possible le stéarique :
         - cétyl esters très fins. Je pense qu'ils peuvent être remplacés aisément par de l'alcool béhénylique ou du cétyl palmitate (pourquoi pas les deux ?!), éventuellement par de l'alcool cétéarylique (si vous essayez, vous me dites ?)
         - alcool cétylique.
         - beurre de murumuru pour l'acide laurique qui apporte glissant et rondeur. (ou beurre de coco pour ceux qui ne disposeraient pas de ce beurre).
         - cire de soja non OGM, plus fine et moins filmogène que la cire d'abeille. C'est en fait de l'huile de soja hydrogénée qui peut être facilement remplacée par une autre cire non grasse comme la jojoba wax ou la cire d'olive.
         - le glycéryl stéarate (VE) que je considère surtout comme un épaississant davantage que comme un émulsifiant même si je compte sur cette qualité pour apporter un plus par rapport à l'acide stéarique simple (qui peut sans doute se substitué au VE dans cette formule quand on ne dispose pas de celui-ci).

Je voulais également que mon beurre soit nourrissant. J'ai mis d'emblée une forte proportion de karité, en m'inspirant d'un beurre corporel non publié de Michèle encore plus riche encore en karité (13% !). Et j'ai complété par des huiles fortement poly-insaturés pour leur finesse et leur légèreté, et pour croiser les acides gras insaturés.

J'avais mis une plus grande proportion d'huiles "complètes" au début (11%) mais devant le cahier des charges, la glissabilité et la finesse souhaitée, j'ai suivi le conseil de Michèle pour éviter toute lourdeur en n'en mettant que 5%. J'ai résonné dans l'ensemble pour avoir une crème traitante, mais légère avant tout. Comme me l'a écrit Michèle (et je trouve que c'est important de comprendre ça), "on peut faire ça sans bétonner en gras ni en gras seulement nourrissants".

                    Côté parfum, j'ai fais du simple. Directement dans le pot ! Au final, je trouve le parfum... beurré. Cela sied comme un gant à la texture. Je regrette juste de ne pas en avoir mis 2% car il ne reste pas du tout sur la peau. Comme je ne savais pas si ce beurre serait une réussite ou un désastre, j'ai utilisé des huiles courantes :

 

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                    La texture est exactement comme je le voulais au final. Fine, épaisse mais évanescente. Elle n'est pas mousseuse et sans bulle. J'ai en effet monté mon émulsion au mixer — et j'ai bataillé pour ne pas introduire d'air — puis dès la barre des 55-50°C, j'ai pris ma spatule en silicone et je me suis armé de patience. Une fois refroidi, j'ai laissé dans le bécher jusqu'au lendemain, et j'ai re-malaxé pour affiner encore, débuller encore, lisser encore et encore la texture. J'ai mis en pot et j'ai à nouveau triturer à même le pot le jour suivant. Et je vous le dis, le jeu en vaut la chandelle ! Sur les photos, la texture semble moins beurrée qu'elle ne l'est en réalité.

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                    La pénétration est optimale. Je n'ai même pas mis d'arrow-root alors que c'est un réflexe avec le sucrose stéarate. Il n'y en a pas du tout besoin. La peau ne poisse pas, elle est juste douce et souple. Et pourtant, je préfère d'habitude les laits au crèmes et aux beurres, mais là... Ce beurre est en train de vaincre mes appréhensions pour les phases huileuses élevées et les crèmes épaisses.

Ce beurre fait vraiment également parti de mes réussites, au même titre que le lait bleu à la fève tonka. Il est de ces formules que j'aime refaire, et que j'ai envie de refaire. Je crois que j'ajouterai sans doute du sea silk et éventuellement du silicium organique, voire un chouia (1%) de concentré de phytostérols d'avocat dans une prochaine version. Mais je ne toucherai à rien d'autre. Il est déjà parfait comme cela. Ces ajouts seront là pour transformer cette réussite en un vrai rêve de fondant, de glissant et de douceur. Je ne sais vraiment pas quoi dire d'autre pour vous convaincre de tenter l'expérience. Vous ne le regretterez pas !

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