Le titre complet est "Hydratant corporel nacré parfumant à la vanille pour Coquette parisienne" (Ce lait est effectivement dédié à deux princesses parisiennes dont j'ai utilisé de précieuses cadeaux : Lolitarose et Venezia). Derrière ce titre se cache une histoire. Voulez-vous que je vous la raconte ?

Guerlinade

Tout part de ma crème de Noël et de ses péripéties autour de l'émulsifiant Xyliance-Cire N°2. Je n'aime pas finir sur un échec, même sur un semi-échec. J'ai donc décidé que cette cire ne me résisterait pas longtemps.

Par ailleurs, je fais pas mal de tests ces temps-ci pour étudier les sucro- et glycéro-esters en vue de faire un beurre corporel (j'ai d'ailleurs résisté à l'envie de faire un mélange d'émulsifiants, ce qui commence à devenir un réflexe). Et j'aimerais bien le faire pour certaines princesses de ma connaissances qui doivent venir bientôt m'initier aux divins secrets féériques de la fabrication du savon.

J'ai donc voulu voir ce que donnait cet émulsifiant dans une émulsion plus simple : un lait, en partant de mes réflexions sur la crème de Noël. Mais pas n'importe quel lait. Ce n'est pas parce que le support est simple que le parfum ne doit pas être sophistiqué !

Cela fait également un bout de temps que je tourne autour des parfums Guerlain, la perfection (avec Serge Lutens, et encore, pas tous) selon moi. J'aime beaucoup la philosophie qui préside à l'élaboration de ces parfums, et surtout la personnalité qui s'en dégage.

 

Dans ces parfums, le secret, c'est justement la Guerlinade. Une vraie alchimie olfactive qui opère pour nous transporter littéralement. La Guerlinade se définit principalement selon quelques principes fondamentaux :

     - des matières fétiches (bergamote, jasmin, rose, iris, vanille, fève tonka),

     - de belles matières premières,

     - des formules courtes et concises — ça, c'est vraiment pas simple pour nous qui ne travaillons pas avec des molécules mais des huiles essentielles complètes —, avec des overdoses (vous l'aurez compris, dans ce lait, c'est la vanille qui prime, enfin... essaie en tout cas), du relief,

     - des formules à tiroir (Je crois que j'ai du mal avec la notion de court et concis à cause de cette richesse cachée justement, moi qui aime tant les mélanges complexes, à tiroirs justement, qui se racontent),

     - de la tenue et du sillage (bon, étant donné que je fais des crèmes et non des parfums sur base alcoolique, je zappe un peu cette partie, mais ça compte quand même. Et qui dit tenue, dit forcément fixateurs),

     - de la sensualité (mon maître-mot quand il s'agit de créer un parfum ! Tout parfum est fait pour séduire, se séduire soi-même, ou quelqu'un d'autre...),

     - de l'audace (bon, je vous refais le coup des huiles complètes à la place des molécules. Avec les huiles essentielles, il faut ruser...),

     - des secrets (chacun les siens, na !).

Pour de plus amples informations, je vous envoie lire cet article (d'où j'ai tiré cette définition) de Sylvaine Delacourte, formulatrice chez Guerlain justement. Et ici, un lien vers le site officiel de Guerlain sur les matières premières.

   

Cette première interprêtation à ma façon de la Guerlinade est censée être un Floral-oriental/vanillé. Je me suis fortement inspiré de parfums de légende (Jicky surtout — un parfum créé en 1889 ! — et plus récemment de Spiritueuse Double Vanille). J'ai essayé, autant que faire se peut, d'être cohérent dans mes accords : un accord rose, un fruité-agrume (que j'espère plutôt léger), et un accord fil-rouge vanillé/ambré/baumé :

                   

Accord Rose :
     - Sur les bases établies par l'HG Rose & Lavande très parfumé offert par Lolitarose.
     - du palmarosa et du géranium, pour s'approcher au plus près de la composition de la rose,
     - du bois de rose, très floral-agrume, très fin et donnant du naturel à l'ensemble.

                  

Accord fruité-agrume :
     - Du pamplemousse, agrume léger et fruité,
     - le bois de rose, qui sert de lien avec les fleurs,
     - de la lavande, pour pondérer l'ensemble de la composition,
     - du davana, pour donner de l'ampleur et du caractère, du fruité, du sirupeux et du spiritueux, incontournable désormais !
     - l'huile végétale de fruit de la passion, qui apporte sa note fruité.

                  

Accord vanillé-ambré-baumé :
     - De la vanille, en extrait, en excès (d'ailleurs la couleur finale s'en ressent fortement. Dommage que je n'ai pas eu d'absolue, ça aurait enrichie encore cette note)
     - du vétiver, pour réchauffer, humidifier la composition,
     - de l'encens, pour le mystère
     - du patchouli pour accentuer la note ambrée,
     - du cèdre de l'atlas pour un fond boisé
     - du clou de girofle, pour le caractère,
     - et surtout une fabuleuse teinture de fève tonka avec de l'absolue de benjoin, indescriptible tant elle est merveilleuse au nez.

La formule ! La formule ! C'est bon, ça vient, voilà !


Guerlinade


Je me suis un peu laissé dépasser par les évènements par mon nez et j'ai dépassé les 90 gouttes d'huiles essentielles. Mais en même temps, je n'ai mis que 90 gouttes de teinture, donc l'un dans l'autre, on s'y retrouve...

Je vous donne aussi tout de suite le lait qui lui sert de support :


Guerlinade
 

Guerlinade

 

Guerlinade


Émulsion réalisée à 70/75°C, au mixer plongeant, comme d'habitude.

Guerlinade

J'ai eu un lait très fin, très pénétrant et qui adoucissait la peau. Cette caractéristique semble être inhérente à la cire N°2-Xyliance. La texture était très veloutée, assez poudrée sans qu'on puisse deviner si c'était le fait de l'émulsifiant ou de la sève de bambou. Aucun effet gras ni collant.

Bien entendu, avec autant d'extrait de vanille (dosé au nez — j'en ai mis une tonne !), la couleur n'est vraiment pas engageant. Par ailleurs, je ne le trouvais pas assez épais (même après 5 jours). J'aurais préféré une crème pompable avec un peu plus de confort qui aurait été le bienvenu en hiver.

Guerlinade

L'odeur est très floral, légèrement citronnée au flacon, et laisse la peau délicatement parfumée d'ambre vanillée. Une note fruité-floral persiste un peu, et je trouve que ma vanille, pourtant riche dans l'extrait, a perdu de son panache. Mais finalement, pour un parfum composé rapidement et directement dans la crème, je suis assez satisfait du résultat.

Pourtant, après une semaine, je n'étais pas aussi content de la texture que du parfum — que je l'aurai voulu en tout cas. J'ai donc décidé de complètement transformer ce lait. J'ai ajouté 2 cuillères à café de mica brillant (pour 300 grs de lait environ) pour un effet nacré (dans le lait et sur la peau), et j'ai gélifier le tout au sodium polyacrylate plus (ajouté au nez — ça m'arrive un peu trop ces derniers temps, de faire "au pif", moi qui aime la rigueur des pourcentages). Ce qui est étrange, c'est ça n'a pas réellement épaissit le lait qui est toujours assez fluide, alors que j'ai dû quand même en mettre de l'ordre de 1 à 2% (je ne l'ai pas fait figuré sur la formule, mais je l'ai ajouté au dessus de la balance).

GuerlinadeGuerlinade

La texture est vraiment beaucoup plus seyante. Gélifiée, translucide, le marronnasse moche s'est transformé aussi grâce au mica, et le contraste entre le blanc et le marron est d'ailleurs très beau. Je ne peux rien vous dire de l'effet sur la peau, je ne l'ai pas testé. Mais je pense qu'on a conservé les propriété du lait d'origine.

En tout cas, ce lait et cette crème, aussi facétieux furent-ils, m'en auront appris pas mal sur cette cire n°2, si décriée ici, tant appréciée là. Elle semble être un bon émulsifiant pour des crèmes avec une proportion de gras de moyenne à élevée, avec un toucher riche. C'est dû à son coefficient HLB qui est de 10,5. Je pense qu'elle entrera dans un de mes prochains tests de beurre corporel car une texture beurrée semble demander cette fourchette de HLB moyens. Mais ceci est une autre histoire. La suite au prochain épisode !