Cela fait maintenant un moment que j'ai envie de revenir à la création de parfums plus sophistiqués pour mes crèmes. Ça tombe bien, j'ai des cadeaux à fabriquer. Quel meilleur prétexte pouvais-je trouver ?

Je me suis dit : on est en hiver... Pas de problème, les agrumes s'imposent. Agrumes... j'ai dit agrumes... Ça m'a tout de suite fait pensé aux traditionnels parfums de Noël mêlant les agrumes (l'orange surtout) à diverses épices, les pommes d'ambres, etc. Et me voilà parti dans l'élaboration d'un parfum sur ce thème.

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Et bien, je dois dire que j'ai mis du temps avant d'avoir ce que je voulais : un parfum où dominerait les agrumes, non seulement en tête mais également en cœur, avec des notes fruitées et sirupeuse de davana.

Ensuite, j'ai voulu plusieurs facettes qui s'équilibrent, ne volent jamais la vedette mais sont malgré tout bien présentes. Ainsi se développent les notes florales du jasmin et de l'ylang, avec une petite note rose due au géranium, au palmarosa et au bois de rose, ces derniers servant également de pont avec les notes d'agrumes.

Une facette plus épicée, de girofle et surtout de genévrier, senteur plus citronnée, s'attache à l'ensemble et amène tout doucement vers un accord boisé de cèdre et de vétiver et baumé de benjoin. Un soupçon de cannelle écorce, à peine palpable, vient rappeler l'accord orange-cannelle traditionnel de Noël.

J'ai enfin osé utilisé l'huile essentielle de Davana, ce fabuleux cadeau d'Irène la douce. Je tournais autour, je n'aimais pas ce que je sentais au goulot. Et bien force m'est de constater que cette huile apporte une note sirupeuse en présence des agrumes. Comme si elle en modifiait le parfum. Elle me fait penser aux épices pour ça.

Je vous mets la composition du parfum, accrochez-vous, c'est long...

 

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Ce qui donne un flacon complet de 10 mL.

   

Attention, les huiles d'agrumes (zestes pressés) sont photosensibilisantes. Je n'ai malheureusement pas leurs contreparties distillées qui, elles, ne le sont pas.

Par ailleurs, prendre gardes aux précautions d'usage quand on utilise certaines de ces huiles essentielles (abortifs, dermocaustiques, allergiques, interdits aux personnes agées, aux enfants, etc.). Consulter un bon ouvrage d'aromathérapie ou les fiches du site d'AZ qui sont très bien faites.

 

Vous connaissez mon amour des sucro-esters. J'ai décidé, pour cette crème, d'expérimenter un autre sucro-ester, vendu par AZ sous le nom de cire n°2 : il s'agit de l'émulsifiant Xyliance (fiche du fabricant), dont l'INCI est cétéaryl weat straw glucoside (and) cétéaryl alcohol. C'est un émulsifiant qui s'utilise à chaud à 70/75°C.

J'ai assez peu trouvé d'informations relatives à cet émulsifiant si ce n'est qu'il est très doux et assez capricieux utilisé seul. Sa finesse est également souvent mise en avant.

 

Le dosage de Xyliance varie selon les sites :

The Herbarie et Allerlei Praktisches (leur fiche est un très bon résumé de ses caractéristiques) : 2 à 5-6%
AZ : 3 à 8%

Vous trouverez ici un excellent résumé des caractéristiques de la xyliance par Blue sur son blog (ainsi que des avis sur les résultats obtenus), et ici et ici d'autres essais avec cet émulsifiant chez Venezia.


Connaissant les proportions parfois farfelues et souvent assez élevées que donne AZ pour ses émulsifiants, j'ai pris le parti d'en mettre une dose assez faible (4%), comme ici, mais plus élevé qu'ici  et . Inspiré par lait à la vanille de Michèle (réalisé avec l'émuliance, le petit frère de la Xyliance, vendu en France chez Bilby sous le nom de blémulse, et dont les caractéristiques sont assez similaires il me semble), j'ai utilisé des cétyl esters comme co-émulsifiants pour densifier la texture sans épaissir et pour leur finesse.

Mais comme tous les sucro esters, il semblerait bien que les émulsions à la cire n°2 soit plutôt fluide malgré l'association à l'alcool cétéarylique). Personnellement, je pense de plus en plus qu'il vaut mieux utiliser un second émulsifiant plutôt que d'augmenter la proportion de l'émulsifiant de base. Je trouve que ça enrichit la texture qui en est d'autant plus fine. Et, apparemment, c'est particulièrement vrai pour les sucro- et glycéro-esters.

Pour une crème encore plus ferme, j'utiliserais d'ailleurs volontiers du glycéryl stéarate (VE). Je réchigne souvent à mettre de l'acide stéarique pour ses effets "savonneux" blanchâtres sur la peau, et de l'alcool cétylique pour sa lourdeur. Bien que le glycéryl stéarate soit dérivé lui-même de l'acide stéarique, j'aurais alors le fol espoir que le fait d'être un émulsifiant apporte un plus non négligeable.

 

Comme d'habitude, j'ai cherché à croiser les acides gras et essayé de prendre en compte certaines des huiles végétales odorantes dans la composition du parfum. Voici la formule finale (pour 100 grs) :

   

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J'ai obtenu... une crème assez liquide alors que je voulais une crème qui tienne en pot (photo 1). Comme c'était toujours trop liquide après quelques jours, j'ai ajouté d'abord du sodium acrylate plus, pour densifier à froid mais en vain (totalement en vain d'ailleurs pour ce qui est d'épaissir !), puis j'ai augmenté la xanthane à 0,5% mais toujours pas de changement conséquent au bout d'une journée. Je me suis alors décidé d'ajouter 1% de MF mais devant la texture granuleuse du MF (photo 2), j'ai tout refait chauffer à 50°C (point de fusion du MF) en espérant conserver une partie des propriété de ma troisième phase et tout remixé jusqu'à refroidissement en dessous de 40°C (photo 3). J'ai remis en pot, et attendu (photo 4).

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Je ne recommande cette technique d'ajout du MF qu'en dernier recourt. Tout d'abord parce qu'il faut tout rechauffer, y compris les ajouts fragiles. Et à 50°C, les molécules ajoutées ne peuvent pas s'émulsifier complètement ni se mêler intimement au reste. D'ailleurs, il me semble que le toucher est surtout caractéristique des émulsions à la cire n°2 et qu'il n'y a pas eu beaucoup de changement de ce côté-là.

Au bout du compte, la crème est en effet toujours très légère et fine, et sent comme je le voulais. Il semblerait qu'elle adoucisse la peau. Mais je ne sais pas si c'est dû à l'émulsifiant ou à la sève de bambou qui veloute pas mal la peau. En tout cas, je la trouve finalement très réussie. Avec le mica bordeau, ça donne un aspect très iridescent rose qui est vraiment très beau je trouve. Pourtant je n'en ai pas mis beaucoup. Je pense avoir réussi mon pari : une crème qui sent Noël, absolument décadente dans sa texture pour se bichonner.