Dernièrement, l'une des princesses de ma connaissance s'est lancée dans tout un tas d'expériences d'émulsions à froid. Tout à froid, complètement à froid, totalement à froid ! Cependant dans l'incapacité de tester le sucrose stéarate qu'elle ne connait pas et dont, de toute façon, elle ne dispose pas, je me suis proposé de me lancer dans l'aventure.

Pour moi, c'était aussi l'occasion de reprendre du service après pas mal de temps sans faire de crèmes ou de lait. D'ailleurs, l'état de ma peau s'en est ressenti après tant de temps sans en prendre soin (non non non, je ne vous dirai pas depuis combien de mois ma peau est en jachère ! Je parle de la peau de mon corps, pour le visage je vis sur les réserves si gentillement offertes par les princesses que vous savez...)

Vous l'aurez compris, il fallait un soin réhydratant, re-lipidant, re-nourrissant, re-chouchoutant, re-tout !

Pour l'aspect re-lipidant, je pense ne pas y être allé de main-morte avec une telle proportion de gras riches en omégas 9 nourrissant. Les omégas 6 ne sont pas en reste non plus et je n'ai pas oublié les omégas 3 indispensables. J'aime croiser les différents acides gras. Comment je sais tout ça ? Vous connaissez le tableau d'Eau de Rose ?

J'ai également voulu mettre une petite proportion de squalane pour améliorer le glissant de l'ensemble, cela même si c'est un lait et donc techniquement plus facile à étaler qu'une crème.

Quant à la partie réhydratante, je compte sur l'association de la glycérine et du sucrose, qui a déjà fait ses preuves, à laquelle j'ai ajouté un chouia de sodium PCA pour la route.


LE DÉFI LES DÉFIS :

Il s'agissait déjà de convaincre un certain nombre de sorcières de l'assemblée des bienfaits de l'utilisation du sucrose stéarate, très décrié dans le milieu. Cet émulsifiant à en effet la réputation de produire des émulsions qui collent et plutôt trop liquide. Mais c'est surtout l'effet collant qui lui est reproché si mes souvenirs sont bons.

Je voulais également montrer que les proportions que l'on voit souvent pour lui sont exagérément abérrantes ou abérramment exagérée (comme vous voulez). Et cela même sur le site d'AZ soi-même ! Il faut dire aussi que pour réaliser une émulsion à froid (ce qui est souvent venté pour cet émulsifiant), il faut bien épaissir avec quelque chose. Comme les gommes sont plutôt mal vues et que le sucrose stéarate contient déjà un épaississant (d'où le "stéarate" de l'INCI), il est très facile, voire même évident, de vouloir l'incorporer en grande quantité pour épaissir. Que néni ! 1 %, voire 2, suffisent à émulsionner. Le reste, confiez-le aux beurres, gommes et, si vous chauffez, aux épaississants.

J'ai longtemps hésité par ailleurs à mettre du substitut de lanoline. Je voulais faire l'expérience du sucrose seul, à froid, avec la seule xanthane pour stabiliser l'émulsion. Mais j'ajoute d'ordinaire 0,5 % de cire à mes laits et crèmes pour avoir un léger effet filmogène protecteur et anti-déhydratation. Je me suis donc résigné à incorporer mon substitut à hauteur de 1 %. Néanmoins, je ne pense que ça fasse une grande différence de texture, ni qu'il joue un grand rôle dans la stabilité de l'émulsion.

Il s'agissait donc, et vous l'aurez compris, de faire du "tout à froid" mais avec une texture fine, pénétrante et suffisamment épaisse. Il ne s'agissait pas de faire de l'archaïque à l'heure des olivems et autres émulsifiants de meilleure réputation.

Á la différence de Lolitarose, j'ai voulu évité l'arrow-root : mon lait se devait d'être suffisamment épais et surtout non-gras pour ne pas y avoir recours. Connaissant les émulsions au sucrose stéarate, surtout lorsqu'il s'agit de lait, j'étais presque sûr de ne pas me tromper.

J'ai également écarter la possibilité d'épaissir mon lait avec du simulgel. Mon lait étant... un lait, je savais être suffisamment paré pour une telle texture et une telle fluidité avec une bonne proportion de beurre et un peu de xanthane, que je ne voulais d'ailleurs pas mettre à plus de 0,5 %.

D'ailleurs, parlons beurres. Le karité, étant donné l'état de ma peau, se devait d'être de la partie. Mais pour avoir une texture quand même assez épaisse, j'ai voulu incorporer un beurre beaucoup plus dur, très dur même : le beurre de cupuaçu, qui faisait d'ailleurs sa grande entrée chez moi (pensez-vous, plus de beurre de sal !). Je tenais là un double défi donc : triturer une grande quantité de beurre et surtout un beurre très dur. Ajoutons à cela la taille quand même somme toute rikiki de mon mortier, voyez dans quel situation je me suis fourré...

Lait

Ma formule d'origine comportait 5 % d'huile fluide en moins et 5 % de beurre en plus. Il s'agissait de beurre d'avocat pressé à froid, acheté chez Zinette il y a maintenant plus d'un an et qui attedait patiemment son heure. Il tombait à pic dans cette formule où je tenais à préserver ses qualités "à froid". Cependant, au moment de la trituration, j'ai eu peu d'avoir une phase huileuse trop compacte pour l'émulsion. Avec le recul, je pense que cela se tente pour avoir une crème. La consistance de ma trituration était, au final,  déjà très crémeuse et je pense que même avec plus de beurre, elle aurait été suffisamment fluide pour être émulsionnée. Un seul bémol si vous le tentez : l'utilisation d'un mixeur très puissant semble primordiale, je dirais même plus : indispensable ! D'une part par l'utilisation du sucrose stéarate dont les émulsions fortement mixées sont plus fines, d'autre part pour bien disperser la trituration et obtenir une émulsion pénétrante.

   

Visuel

 

formule

 

     Où il est dit ce qui se passe dans le chaudron dans le mortier :

- Commencer par la trituration, et armez-vous de patience : d'abord les beurres, écrasés, retournés, mêlés et délayé avec une peu d'huile fluide, juste ce qu'il faut pour pouvoir triturer correctement et plus facilement. Terminer en incorporant le reste des huiles et l'aox-cos.

- Préparer la phase acqueuse en terminant par le géogard, puis le sucrose et enfin par la xanthane, en mixant entre chaque ajout.

- Verser la trituration dans la phase acqueuse en mixant fortement. Terminer en ajoutant les huiles essentielles à la cuillère magique ou au mixeur.

 

J'en vois qui s'agitent toujours, titillées qu'elles sont par leur curiosité : Mais pourquoi le lait "de la Patience" ? D'où il le sort le nom de son lait ? En fait, j'ai trituré pendant plus d'une heure, preque une heure et demi pour tout vous dire. Mais je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, j'ai très vite eu la main un peu lourde en huile au moment de délayer un peu mes beurres. Ce qui fait que j'ai eu quelques difficultées à éliminer les grumeaux... En plus, la taille de mon mortier ne m'a pas facilité la tâche. Enfin bref, ça n'a pas amélioré mon avis à propos des émulsions à froid.

Je n'aime pas trop faire tout à froid. Et je n'en fait pas particulièrement grand cas. J'aime savoir que les divers acides gras se mélange bien dans mon bain marie. Je pense que la phase huileuse est bien plus homogène ainsi, que les acides gras saturés, et donc solides, soient "dilués" au reste de la phase huileuse qui n'est est ainsi que plus cohérente. J'aime aussi savoir que la texture finale n'arrive que le lendemain, voire le surlendemain quand je chauffe mes huiles. Ainsi, j'aime à penser que l'émulsification se poursuit par la suite. C'est ce qui s'est passé, je pense, avec la crème Yâsamîn, dont la texture s'est vraiment bonifiée avec le temps. L'alchimie a opéré et la crème que j'ai connue et offerte, fine mais épaisse malgré tout, s'est mué en un nuage ultra-léger, évanescent et plus blanc que dans mon souvenir, un ou deux mois plus tard lorsque je l'ai testée à nouveau chez ma maman.

Mais avec ce lait, je suis agréablement surpris. La texture semble très fine. La pénétration est très bonne et l'application est fraîche, ce qui caractérise le sucrose et, si je ne m'abuse, tous les sucro-esters. Il laisse la peau douce, non-collante (même sur les poils !), non grasse et délicatement parfumée d'une odeur fruitée (et ça dure grâce aux huiles d'amandon de pruneau et surtout de fruit de la passion). L'odeur est d'abord un peu brut et surprise ! ce n'est pas l'huile d'amandon de prune qui domine ni même les huiles essentielles mais l'huile de fruit de la passion, de prim abord un peu âpre puis délicatement sucrée.

Je le trouve cependant moins léger, un peu plus fluide et quand même moins velouté que certains laits de mon cru réalisés au sucrose avec des épaississants. Je penche pour une trop grande proportion d'acides gras insaturés, surtout les omégas 9 (d'après le tableau d'Eau de Rose, je n'ai jamais eu autant d'oméga 9 pour un lait). Et surtout, comme je l'ai dit plus haut, simplement un manque de chauffe. Mais bon, ce n'est peut-être qu'une impression, une vue de l'esprit qui veut privilégier les émulsions à chaud et, comme je le fais souvent avec le sucrose, semi à chaud. Maintenant, j'attends quand même l'avis de mes testeuses préférées...